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La vie dans l'au-delà

Amulette d’Harpocrate
© Musée des antiquités/H. Mady Hassan Mady

Présentation du departement

Les anciens Egyptiens ont cru à la vie éternelle de l’Au-delà ; ce qui résulte sans aucun doute de leur observation des phénomènes naturels. Ils y sont ainsi parvenus grâce au cycle du Nil, celui du Soleil et la légende d’Osiris. C’est pourquoi, les Egyptiens se sont intéressés à conserver les corps des morts par la momification ; à édifier les tombes ; et à équiper les défunts par le mobilier funéraire nécessaire au voyage vers l’autre monde.
Les objets exposés à la section de « L’Au-delà » offrent au visiteur du musée un aperçu général sur les croyances funéraires à travers les époques pharaonique, hellénistique et romaine.

La vie éternelle

Les anciens Egyptiens croyaient à la vie éternelle après la mort ; ce qui était dû à la contemplation de certains phénomènes naturels et se manifestait dans le cycle du soleil, celui du Nil ainsi que le mythe d’Osiris. Selon leurs observations, le soleil se couchait à l’Ouest pour se lever le lendemain de l’Est. Le Nil, quant à lui, débordait annuellement à un moment précis pour arroser la terre aride et la transformer en terre arable ; et après la moisson, il se retirait et la sécheresse se répandait dans l’attente de la crue de l’année suivante. Aussi, les rêves ont-ils joué un rôle important dans l’affermissement d’une telle croyance : le fait de revoir leurs feus parents dans les rêves renouvelait leur foi en un Au-delà où les personnes décédées renaissaient après la mort.

La momification

Les tombes remontant aux périodes prédynastique et archaïque n’étaient encore que des fossés ou des cavités de forme ovale où l’on enterrait le défunt en position recroquevillée dite fœtale ou en chien de fusil, la tête dirigée vers le Sud et le visage vers l’Ouest. Comme les corps étaient en contact direct avec le sable, l’opération d’assèchement (momification) se produisait de façon spontanée : les liquides corporels s’absorbaient par le sable alors que la peau, les cheveux, les muscles, les fibres et les ligaments se desséchaient si vite. Quant aux organes internes, ils se durcissaient à leur tour ; ce qui les conservait et les maintenait en bon état.

Par la suite, les anciens Egyptiens ont développé ce qu’ils ont connu par momification naturelle. Ils commençaient alors à avoir recours à des moyens artificiels pour aboutir aux mêmes effets d’assèchement produits dans les tombes sablonneuses dès les débuts de la première dynastie. Selon les indices prélevés sur les tombes de l’Ancien Empire, nous pouvons déduire que la momification se limitait à cette époque à enrouler le corps du défunt dans des bandelettes en lin imbibées de résine. Ayant évoluée avec le temps, cette méthode demeurait en application jusqu’au Nouvel Empire, sous lequel la momification a atteint son point le plus culminant.

La momification sous le Nouvel Empire

Juste après la mort, le corps du défunt était d’abord transporté à l’atelier de momification « waabet » où il était déposé sur la table d’embaumement. Ensuite, les embaumeurs brisaient l’ethmoïde (os médian de la base du crâne) pour procéder à l’excérébration ; et pour ce faire, ils utilisaient un long crochet métallique. La raison pour laquelle les anciens Egyptiens extrayaient le cerveau demeurait injustifiable, puisqu’ils ne le conservaient en aucun des cas. Or, après le vidage du crâne, ils le capitonnaient d’une couche épaisse de bitume pour éviter que les organismes microscopiques ne s’y développaient ; et le bouchaient de bandelettes en lin trempées dans un mélange de résines.

Quant aux intestins, ils étaient éviscérés à travers une incision située à gauche du bas-ventre. Les organes internes étaient ensuite lavés et saupoudrés séparément avec du sel de natron ; puis, ils étaient traités aux résines chauffées avant de les enrouler et les conserver dans les quatre vases canopes. Les couvercles de ces derniers représentaient les quatre fils du dieu Horus : Amset à tête humaine pour protéger le foie, Hâpi à tête de babouin pour contenir les poumons, Douamoutef à tête de chacal pour garder l’estomac et Kébehsénouf à tête de faucon pour conserver les intestins. Le corps du défunt était enduit, de l’intérieur comme de l’extérieur, d’épices et du vinaigre de dattes – celui produit en Egypte ancienne contenait 14% d’alcool.

Le long de quarante jours, le corps était plongé dans de grandes quantités de natron – renouvelé de temps à autre – utilisé pour ses propriétés hygroscopiques et l’absorption de l’humidité des tissus. La cavité abdominale et la cage thoracique étaient remplies trois fois consécutives de substances temporaires contenant des morceaux de natron pour déshydrater l’intérieur du corps. Ce processus de dessiccation constituait l’étape la plus importante de la momification basée essentiellement sur la déshydratation du corps par effet de pression osmotique. Finalement, les embaumeurs retiraient le corps du natron et extrayaient les substances des cavités abdominale et thoracique après avoir absorbé les liquides corporels pouvant abîmer la momie en cas de non-extraction.

Par la suite, le corps était transporté dans un endroit appelé « per-nefer » où se déroulait le lavage et la purification à l’eau du Nil, la plus importante opération du rituel de la momification au cours de laquelle se déterminait la durée nécessaire à la préparation du corps. D’après les croyances des anciens Egyptiens, les eaux du Nil possédaient une force magique, vu qu’elles étaient étroitement liées aussi bien à la crue qu’au cycle du soleil rappelant son lever du côté du fleuve ; ce qui faisait allusion à la légende d’« Héliopolis » parlant du lever du soleil des eaux du Nil comme à la naissance de la terre fertile des eaux de la crue. Le corps était oint d’huile de riz et d’autres huiles précieuses, puis, il était embaumé à l’encens, à la cannelle et aux substances aromatiques pour rendre à la peau une certaine souplesse. Et enfin, il était couvert de résine pour le protéger contre les insectes, les bactéries et les éléments extérieurs. 

Après avoir traité le corps, les embaumeurs procédaient au bandelettage au lin entre les différentes couches duquel était inséré un papyrus funéraire orné d’amulettes et de bijoux. Et avant de placer la momie dans le sarcophage, le linceul était parsemé de fleurs et de feuilles vertes.

Les prêtres procédaient ensuite au rituel de « l’ouverture de la bouche » pour permettre à la momie de récupérer tous les sens du défunt : ce qui voulait dire rendre la vue à ses yeux, l’ouïe à ses oreilles, la parole à sa langue, la respiration à son nez et le mouvement à ses bras et ses pieds. Durant ce même rituel, les prêtres récitaient les prières alors que la famille pleurait le défunt.

La momification à l’époque hellénistique et romaine

L’art de la momification s’est indéniablement dégradé à la fin de l’époque pharaonique pour disparaître définitivement à l’époque byzantine. Bien que les momies de l’époque gréco-romaine n’aient pas atteint la qualité de momification des plus anciennes, elles se sont caractérisées par un bandelettage artistique en forme de losanges garnis de pièces dorées au milieu. Y était également ajouté un masque en couleurs fixé sur une planche en bois reflétant les traits du visage du défunt.

A l’époque ptolémaïque, étaient toujours appliquées les mêmes techniques d’éviscération à travers une incise effectuée à gauche du bas ventre ou via l’orifice anal. Et ce qui distinguait davantage les momies de ladite époque ainsi que celles du début de l’époque romaine était l’usage excessif de résine à l’intérieur comme à l’extérieur.

De nombreuses momies remontant aux IIIe et IVe siècles apr. J.-C. n’étaient ni éviscérées ni excérébrées, par contre elles étaient couvertes d’une couche remarquablement épaisse de résine.

La dorure des momies restait en fin de compte l’une des nouveautés introduites à l’époque romaine. Les doigts, les orteils, les paupières, les lèvres, les mains et les pieds, les organes génitaux et parfois même le corps en entier étaient souvent couverts d’une fine couche d’or.

A l’époque gréco-romaine, les embaumeurs, notamment en Nubie, faisaient l’impossible pour conserver leur savoir-faire. Une fois la tête séparée du corps de la momie, ils avaient l’habitude de la fixer à l’aide d’un bâton. Pour maintenir la momie d’un enfant, ils la pénétraient d’une barre aussi longue que le corps. D’autres momies romaines découvertes au Gizeh portaient parmi leurs couches de bandelettes des tiges de roseaux servant à raffermir le corps ; ce qui a permis de protéger celles d’entre elles enterrées sans sarcophage – pratique assez fréquente dans plusieurs époques.

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